
La salle d’eau me fait penser à la fantasmagorie d’un harem très beau, en faïence, un lieu de l’intime inspiré par Ingres et des murmures que l’on aimerait comprendre.
Il y a dans le travail de Céline Peruzzo une désarmante déambulation entre les époques, elle fait référence avec ses «dipinti» aux drapés antiques qui se figent sur des statues de déesses grecques, elle nous prépare des costumes démesurés de femmes grenouilles d’un temps futuriste et nous rappelle au modernisme avec sa tête à la Brancusi. Les références sont affichées, ce sont des hommages, des déambulations dans l’histoire de l’art. Céline met en place des accessoires, des objets, un décor pour une pièce de théâtre imaginaire, une scène dans laquelle les protagonistes étaient/sont/seront des femmes.
C’est sans doute, elle l ’artiste qui joue et se joue dans une mise en scène ironique et sensible des représentations du féminin. Elle est le personnage principal que l’on devine par les indices qu’elle a laissé dans la pièce.
Elle laisse parfois des parties d’elle même comme un sein, un doigt, une oreille ou un pied. On aimerait qu’elle ne s’échappe jamais comme le bas-relief de Gradiva, «celle qui marche en avant». Mais le désir vient du manque.
Cette installation me rappelle des séquences du film Le Mépris de Godard, les parties du corps sont extraites, comme décontextualisées de la personne, il y a une séduction consciente et ironique du personnage, une esthétique moderniste (la villa Malaparte) et des références aux voyages d’Ulysse et aux dieux grecs.
Il est dit dans ce film que ce serait les hommes qui auraient créé les Dieux et non l’inverse. Dans la salle d’eau, ce serait une artiste qui inventerait ses déesses.
Céline convoque une spiritualité par des objets plutôt animistes qui contiendraient la mémoire du toucher, des objets magiques comme des reliques, ou des objets choisis qui prennent sens au côté d’autres objets, d’autres images.
C’est peut-être à une soirée d’un carnaval élégant et mystérieux que Céline nous convie à standard/deluxe.
– Virginie Otth
Vue d'exposition "la salle d'eau"
"Dipinto Marrone - tela semplicissima" - painter’s canvas coated with cassel brown earth pigment and acrylic base. "Eva-Eva" 2024 - collage, magazine page and reproduction on acetate paper of "Untitled or Not Yet" 1966 by Eva Hesse
"Dipinto verde" 2024 - natural brentonico green earth pigment and acrylic base on canvas, panels
"les femmes-grenouilles" 2024 - satin painted with ink and acrylic. They are displayed on a metal rack, hanging from bamboo and string hangers
"half-sleeping Amazon (before - after Brancusi)" 2024 - plaster sculpture on pedestal
On the shelf : "cité léopard" a mask made of fur, hair and feathers, also on the shelf, a small photograph found at a flea market. "Wasserspiel" 2024 - photography and paint, and a bunch of pearls bought in Senegal. Under the shelf, "Balloon" 2024 - plaster, water-based paint and string. On the wall, "la stanza da bagno" 2024 - gouache, watercolour and pencil on paper
"Little stom in Corfu" 2024 - glazed ceramic, wood frame
" Vasca arancione" 2025 - gouache, pencil on paper
"Portrait de sein" 2019 - pencil on paper
"Jalousie au sérail (after Fernand Cormon’s painting, 1874) " 2024 - canvas coated with brentonico green clay and slate powder, acrylic base, bronze finger
"Méduses" 2024 - pencil, chalk on paper
all pictures © Virginie Otth